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 Les chroniques de Kalidor

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kalidor
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MessageSujet: Les chroniques de Kalidor   Les chroniques de Kalidor Icon_minitimeVen 15 Juil - 7:59

Chapitre I : Le bonheur du bout des doigts.

Il y a de cela bientôt trente ans, dans une lointaine contrée des terres argentées, dans le petit village de Phoshan, naquit par un beau matin de printemps, un enfant dont la destinée allait le mener progressivement du bonheur absolu aux atrocités les plus abominables, sous le regard d’une entité dont la puissance et l’ancienneté dépassent l’entendement…

Elevé selon le rythme des saisons, le jeune Kali grandit dans une famille de fermiers. Son père, lui même fils et petit fils de fermier, était un brave gaillard, rondouillard, l’air jovial, ne rechignant pas à la tâche, et toujours prêt à rendre service à droite et à gauche, lorsqu’il s’agissait d’aider à la construction de nouvelles maisons dans le village, de rénover l’école ou le temple, ou tout simplement d’aider d’autres fermiers lors des moissons, du plantage de piquets, des récoltes. Pour cette raison, il y avait souvent de la visite à la ferme familiale, et en bien des occasions, d’autres gais lurons passaient manger le bout de gras et boire de la gnôle ou du vin.

La mère de Kali, une femme robuste, une campagnarde aussi bien dans les attitudes que dans les gestes et la corpulence, avait un rire réputé dans le village pour être très communicatif. Elle avait également l’art et la manière de réussir de délicieuses pâtisseries, avec des secrets qu’elle gardait précieusement, ce qui avait parfois pour conséquences d’agacer d’autres femmes du village. La réputation de ses pâtisseries faisait que régulièrement, lorsque les grands gaillards passaient voire le père de Kali pour discuter de choses et d’autres, ils amenaient leurs enfants, toujours curieux et impatients de savoir ce que sa mère avait dans ses placards.

C’est ainsi que dès son plus jeune âge, Kali partagea ses jouets avec la fille de Voshir, cette petite blondinette aux joues toutes roses et aux genoux sans cesse écorchés, répondant au doux nom d’Eodine. Ces deux là étaient inséparables, toujours à courir les prés, à jouer près des ruisseaux, attrapant grenouilles et écrevisses, grimpant et se construisant des cabanes dans les arbres alentours.

Mais alors qu’ils étaient tous deux âgés de huit ans, Eodine tomba gravement malade au début d’un hiver rigoureux. Ses petits poumons la faisaient souffrir, elle ne respirait plus que très faiblement, et était incapable de marcher, ni même de bouger de son lit. Elle tombait régulièrement inconsciente, et finit même par s’évanouir et sombrer dans un sommeil si profond, que pendant des jours durant, elle ne revenait pas à elle. Eodine vomissait, Eodine était devenue toute maigre, les traits tirés, les joues creusées, et commençait à perdre ses cheveux par plaque. Eodine était perdue, car dans ces contrées éloignées de tout, les plantes ne suffiraient pas à guérir la petite fille.

Le jeune Kali resta à ses côtés tout l’hiver, auprès d’elle. Au début, il passait tous les jours demander des nouvelles à la mère d’Eodine et lui faire un petit câlin chaleureux, mais quand son état s’était aggravé, le petit garçon, bouleversé par ce qui se produisait, avait fait des mains et des pieds pour rester auprès de la petite Eodine jour et nuit. Il dormait à côté d’elle, dans sa chambre, sur une peau de bête, à même le sol, il avait lui aussi perdu l’appétit, et la seule chose qu’il avalait abondamment, c’était des infusions bien chaudes préparées par la mère d’Eodine et par la sienne, qui passait de nombreuses heures à soutenir la famille dans cette terrible épreuve.

A chaque fois que la petite fille reprenait conscience, elle ouvrait les yeux sur le visage en larmes du jeune Kali, qui ne pouvait se retenir de pleurer, alors qu’il aurait voulu apporter à Eodine espoir et réconfort. Mais sa gorge était serrée. Son cœur était gros. Le petit garçon ne souriait plus depuis deux mois maintenant, il ne parlait presque plus non plus, et ses seuls mots concernaient Eodine. Ils se tenaient la main, Eodine avec toute la volonté du monde de garder les yeux ouverts sur son ami, et Kali sanglotant et hoquetant…

Au début du printemps suivant, alors que Kali allait avoir neuf ans, l’état de santé d’Eodine s’améliora soudainement, sa respiration reprit de la vigueur, ses vomissements disparurent peu à peu, et l’appétit lui revint. En à peine deux semaines, la petite fille avait reprit suffisamment de force pour pouvoir se lever de son lit et faire quelques pas. Elle mit néanmoins trois ans pour se remettre totalement de sa maladie, pendant lesquels Kali avait veillé sur elle, s’occupant tout les jours à trouver quelque chose qui puisse la faire sourire. Il avait commencé par la porter près du petit ruisseau qu’elle aimait tant, lui ramener des pommes, lui offrant des bijoux faits avec deux cerises, qu’elle adorait porter aux oreilles. Kali lui redonnait goût à la vie, et savait la convaincre du contraire, lorsque la petite fille pensait ne jamais recouvrer toutes ses forces.

Ces deux là étaient devenus inséparables, et les liens qui les unissaient avaient débouchés sur une telle complicité et une telle tendresse, que c’est tout naturellement, qu’arrivée la période tourmentée et excitante de l’adolescence, ils échangèrent leur premier baiser. Un baiser secret. Un baiser volé. Un baiser sucré. Un baiser éternel. L’amour de Kali pour Eodine était devenu tel, que son cœur battait la chamade à longueur de temps, ce qui l’avait surprit au début. Il connaissait Eodine depuis sa plus tendre enfance, et son affection pour elle était infinie. Jamais il n’aurait cru qu’elle puisse un jour se décupler pour ainsi atteindre cette puissance, et ce qui rendait ce sentiment encore plus fort, c’est qu’il était mutuel…

Arrivés à l’âge de 19 ans, Kali et Eodine décidèrent de se marier. Kali avait expliqué à Eodine qu’il ferait toujours plus que son possible pour la couvrir de bonheur et d’attentions, mais qu’il espérait un jour pouvoir également remplacer les cerises qu’elle portait aux oreilles chaque été par de vrai bijoux, faits d’or et de pierres précieuse. Il est vrai que dans le village, les métaux précieux étaient rares, seule un femme portait à son doigt un anneau doré. Eodine répondit alors à Kali que c’était lui son plus beau cadeau, c’est lui qui avait veillé sur elle pendant sa maladie, c’est lui qui s’était chargé de sa convalescence, c’est lui qu’elle aimait, et que toutes les pierres précieuses et tout l’or du royaume n’y changeraient rien. Il était ce qu’elle avait de plus précieux au monde, c’était lui son or, c’était son « Kali d’or », et rien n’y personne ne pourraient jamais changer cela.

La semaines suivante, Kali s’était décidé à aller demander au vieux Voshir la main de sa fille. Rien qu’à l’idée d’aller le voire, Kali sentait l’angoisse monter en lui, car cela supposait que non seulement il avoue l’amour qu’il portait à Eodine, mais qu’en plus, par le fait de se marier avec elle, ils allaient prendre un foyer, et Eodine allait quitter ses parents. Kali était terrorisé en pensant à ce qu’allait être la réaction du père d’Eodine. Mais qu’à cela ne tienne, son amour était plus fort, et puis, c’était la tradition, chaque homme se devait un jour d’aller affronter le père de son aimée à ce sujet.
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MessageSujet: Re: Les chroniques de Kalidor   Les chroniques de Kalidor Icon_minitimeVen 15 Juil - 8:01

Alors que le vieux Voshir était encore aux champs par cette belle fin de journée de fin d’été, Eodine et Kali s’étaient rendu chez ses parents, et avaient annoncés à la mère d’Eodine leurs intentions, et ce que s’apprêtait à faire Kali. La vieille femme en fut toute bouleversée, et fondit en larmes sous cette magnifique émotion, bien que tout le village s’attendait depuis des années à ce que cela se produise. Leur amour était évident, flagrant, et beau.

Kali attendait, anxieux, assis derrière la lourde table de la cuisine, faisant face au couloir menant à la porte d’entrée de la demeure. Lorsque des bruits de pas se firent entendre à l’extérieur, Eodine su que son père rentrait des champs et se rendit dans sa chambre, car cela ne se faisait pas, qu’une fille assiste à la demande de sa main par son aimé auprès de son père. Kali crut que son cœur allait sortir de sa poitrine tellement il battait fort. Ses jambes étaient devenues comme du coton, et son visage aussi blanc que de la neige tandis que ses mains tremblaient et étaient devenues moites…

La mère d’Eodine lui lança un regard complice avant de s’engouffrer dans le couloir afin d’accueillir en sa demeure son mari rentrant d’une dure journée de labeur. Kali entendit le bruit de la porte d’entrée qui grinçait, et n’avait qu’une envie, celle de fuir en courant et d’aller se cacher loin de tous. Mais qu’allait-il faire ? Après cette entrevue avec le père d’Eodine, plus rien ne serait jamais comme avant, ils pourraient alors se marier et afficher leur amour au grand jour, et puis quelques temps après, Eodine et lui auraient des enfants. Sur ces pensées, Kali inspira profondément, tandis que le bruit des pas dans le couloir se faisaient plus proches, plus distincts. Dans un instant, les parents d’Eodine allaient pénétrer dans la cuisine. Dans un instant, il serait face à son père. Dans un instant, il ferait sa demande. Dans un instant, il allait affronter son destin…

Sa première réaction fut la surprise. Lorsque son regard pénétra celui de la mère d’Eodine, il crut que l’expression de ses yeux hagards signifiait que le père d’Eodine n’était pas de bonne humeur, et que ce n’était vraiment pas le moment de lui faire la demande en mariage. Sans comprendre ce qu’il voyait, il se rendit compte que la vieille femme se tenait la gorge d’une main, tandis qu’un épais liquide rougeâtre glissait entre ses doigts. Dans un râlement ignoble, la mère d’Eodine tomba face contre terre, raide morte, laissant apparaître derrière elle un homme d’une forte corpulence, aux traits burinés par le soleil et la guerre, avec une horrible cicatrice parcourant son visage, du menton jusqu’à l’arcade sourcilière gauche.

Kali resta pétrifié, il ne comprenait pas ce qui se passait. Il n’avait jamais vu quelqu’un de mort, et encore moins mourir sous ses yeux. L’homme avança alors et se retrouva au milieu de la cuisine. De la main, il saisit la table derrière se trouvait Kali et la renversa bruyamment en direction de l’âtre. Kali était terrorisé, Kali était incapable de bouger ou de penser, mais que se passait-il ? Pourquoi ?

Le barbare empoigna Kali par le col et lui donna un puissant coup de tête en plein visage, lui pulvérisant le nez, et lui entaillant profondément le bas de l’arcade sourcilière. Kali tomba sur les fesses, sonné, l’arrière de sa tête heurtant l’assise du tabouret sur lequel il était assis jusqu’alors. Le goût du sang dans la bouche, l’envie de vomir, et puis cette brume, ce voile rougeâtre lui brouillant la vue, et puis plus rien, Kali sombra dans l’inconscience.

Ce sont les hurlements d’Eodine qui lui firent reprendre conscience. Lorsqu’il ouvrit les yeux, il vit son aimée couchée sur le sol, sur le dos, les vêtements arrachés, sa peau blanche à la vue de tous, et ce barbare, défroqué, qui s’adonnait à l’acte le plus vil et le plus bestial que l’homme puisse commettre, sous les regards et les rires de deux de ses congénères, dont un occupé à se rhabiller, ivre mort. Kali se releva en chancelant, voulu se saisir d’un tabouret pour punir ces hommes qui violaient son aimée, sa douce Eoline, et fut stoppé net par une douleur au bas ventre. Le souffle coupé, il baissa son regard et vit tout d’abord un pommeau, puis la garde d’une épée lui transperçant l’estomac. Titubant sur quelques pas, la main tendue vers le visage d’Eodine, il tomba a genoux à côté d’elle, du mettre la main au sol tandis que son sang commençait à faire une flaque noirâtre sous lui, puis s’effondra lourdement sur le côté, les yeux plongés dans ceux d’Eodine, terrorisée, martyrisée, dans sa chaire et dans son âme. Kali voulut balbutier quelques mots, mais un spasme suivit d’un reflux de sang dans sa bouche l’en empêchèrent, et puis plus rien. Le noir, l’obscurité, avec en arrière fond sonore, un vague échos de ce qui se passait dans la pièce, cette pièce qui semblait si loin à présent, loin, …, Eodine, …., Eodine, …..

* * * * *

Le noir. L’obscurité. Une terrible douleur au ventre. Un visage qui fait mal. Le goût du sang dans la bouche. Impossible de respirer par le nez. Et puis des voix, des voix d’hommes. Des voix douces…

Kali reprenait conscience peu à peu. Il cherchait à ouvrir les yeux mais n’y parvenait pas. Il était faible, incapable de bouger, et puis soudain, cette odeur, cette forte odeur de naphte et de camphre, des poumons qui font mal, la tête qui tourne, l’œil droit qui s’ouvre, et ce visage au dessus de lui…

Un visage apaisé, aux traits rassurants, le crâne tondu, non, tonsuré, oui, c’était un moine, un moine qui s’occupait de lui. Kali referma les yeux un instant, reprenant ses esprits. Eodine !!!
Où était Eodine. Il tenta brusquement de se mettre assis, mais la terrible douleure qu’il ressentait au bas ventre lui fit pousser un gémissement, tandis que le moine devant lui l’empêcha de se relever, en lui maintenant les épaules avec ses mains. Kali, semi assis, ouvrit alors le seul oeil qui le pouvait encore, et scruta la pièce alentour. La cuisine était sans dessus dessous, tout avait été renversé, les vaisselles brisées, et puis soudain, cette vision, la vision, ce genre de visions qui marquent l’esprit d’un homme de manière irrémédiable pour le reste de sa vie, ce genre de visions qui rendent fou, ces visions qui conduisent au suicide…

Suspendue à un crochet de boucher ancré au plafond, pendait une masse rougeâtre. Kali ne comprit pas tout de suite de quoi il s’agissait, mais quand il réalisa que cette charogne infâme qui pendait là était tout ce qui restait de sa belle et douce Eodine, il poussa un hurlement d’horreur, de terreur. Ces hurlements qui vous glacent le sang, ces hurlements de douleur dont on se rappel toute sa vie, ces hurlements qui viennent hanter vos rêves si un jour vous avez le malheur de les entendre. Eodine avait été suspendue par les pieds à ce crochet de boucher, la tête en bas, et les barbares s’étaient amusés à lui trancher les doigts, les oreilles, le nez, les lèvres, les seins… Et quand la pauvre Eodine n’avait plus suscité chez eux le moindre intérêt, agonisante, la vision de son aimé gisant auprès d’elle, transpercé de part en part, non loin de sa mère, la gorge tranchée, et bien ces barbares sanguinaires, plutôt que de la détacher et d’achever ses souffrances, ces barbares sanguinaires lui avaient ouvert le ventre, de sorte que suspendue par les pieds, ses viscères s’étaient répandues sur le sol.

Kali sombra à nouveau dans l’inconscience, sur cette dernière vision qu’il eut de sa douce et bien aimée Eodine…
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MessageSujet: Re: Les chroniques de Kalidor   Les chroniques de Kalidor Icon_minitimeMer 20 Juil - 12:22

Chapitre II : La vie de monastère.


Lorsqu'il s'éveilla de sa léthargie, il se trouvait sur une couche de paille, complètement nu, sous une lourde peau d'ours. A ses côtés, un homme robuste, aux traits asiatiques, préparant le thé. Lorsque ce dernier vit que Kali était réveillé, il lui adressa ces mots :

"Bonjour, je suis Wung Phei Wang…"

Mais Kali avait toujours en tête cette vision d’horreur, sa dernière vision de sa douce et bien aimée Eodine. Il tourna la tête sur le côté, fermant ses yeux qui laissèrent s’échapper deux grosses larmes.

Durant des mois, au cœur du monastère, les moines usèrent de tout leur savoir pour le remettre d’aplomb, tout du moins, physiquement parlant, car bien que son corps ait réussit à survivre, l’âme de Kali semblait éteinte à jamais. L’épée du barbare lui avait entaillé les intestins, mais ni l’estomac, ni le foi n’avaient été touchés, ce qui avait empêché qu’il ne se vide de son sang, et qu’il ne meurt rapidement. Lorsque les moines étaient arrivés, ils n’avaient trouvé que mort et désolation dans le petit village de Phoshan, où ils avaient l’habitude de descendre chaque mois, pour y vendre leurs produits, dont leur fameuse bière, en échange de pièces de viandes séchées et de graines de riz ou de blés. Mais ce jour là, une horde de pilleurs sans foi ni loi, avaient commis les plus innommables atrocités sur des personnes incapables de se défendre, et n’ayant sans doute même pas opposé de résistance, tout au plus essayé de fuir et de se cacher.

Lorsqu’ils avaient trouvé le jeune Kali, celui-ci gémissait sur le sol, en position fœtale, dans une marre de sang, dans un état semi comateux. Deux femmes avaient été massacrées, dont une, la plus jeune, sur laquelle ils s’étaient acharnés, et qui avait été torturée, puis découpée vivante, pour être enfin abandonnée agonisante, les tripes à l’air. Les mêmes scènes s’étaient produites ça et là dans le village, les plus chanceux ayants été brûlés vivants, ou noyés dans le puits au centre du village. Personne n’avait survécu, à part ce jeune à moitié mort, qui refusait de parler, et dont l’état était plus que critique, car les moines le savaient bien, cette vilaine blessure aux intestins risquait d’entraîner un empoisonnement du sang. Bien qu’ils connaissent le langage des plantes, ils n’étaient pas surs de le sauver, d’autant plus qu’il ne semblait manifester aucune intention de vivre.

Le grand maître du monastère convia d’autres maîtres qui lui étaient subordonnés, et après de longues heures à boire le thé et à discuter, ils décidèrent que ce jeune sans liens ni attaches méritait une seconde chance dans la vie, compte tenu des épreuves douloureuses qu’il avait traversé. Les discussions furent longues et âpres, car la plupart des moines présents dans le monastère y étaient entrés dès leur plus jeune âge. Accueillir un nouveau membre, au seuil de l’âge d’homme, était quelque peu inhabituel. Tous avaient conscience que laisser le jeune homme à son sort revenait à le condamner à mort. Or le carma inhérent à chaque décision qui dirigeait les préceptes de ces moines leur interdisait de laisser courir une vie à une mort certaine. La majorité l’emporta, et il fut décidé que Kali, s’il le désirait, pourrait rester dans le monastère pour y suivre l’enseignement Shaolin.


Kali mit près de huit mois avant de pouvoir remarcher. Lorsqu’il y parvint, ses muscles avaient tellement fondus, qu’un moine devait le tenir fermement. Huit mois pour remarcher seul, mais toujours pas un mot, pas un seul mot n’était sortit de sa bouche depuis cette fameuse soirée, ancrée à jamais dans sa tête, aux portes du bonheur, où il devait demander la main d’Eodine à son père. La dernière fois où il avait parlé, il était encore heureux. La dernière fois où il avait parlé, c’était à Eodine. La dernière foi où il avait parlé, il avait encore sa vie d’avant…

Les moines lui enseignèrent différentes facettes de leurs savoirs, à commencer par la patience et la minutie, nécessaires à la maîtrise des gestes élémentaires inhérents à toute pratique martiale. Lorsque vint le moment crucial d’aborder l’art du maniement du sabre, Kali avait déjà assimilé suffisamment de concepts de cette philosophie de vie, pour accepter de toucher une arme. Il ne voulait pas toucher d’armes ; il avait horreur des armes. Les moines lui avaient alors expliqué que le sabre pouvait être aussi bien une arme que l’instrument d’une œuvre d’art. Le grand maître s’était entretenu avec lui, en lui expliquant que l’art de la calligraphie, que Kali affectionnait particulièrement, se rapprochait énormément de l’art du maniement du sabre, le Kendo.

En effet, la pureté du geste et la maîtrise émotionnelle nécessaires au maniement du pinceau lorsque celui-ci trace les courbes des lettres s’appuient sur les mêmes bases que le Kendo. Manier un sabre n’est rien en soi, il s’agit en fait d’apprendre à canaliser ses énergies de manière à les libérer lors d’un geste parfait. La calligraphie laisse sur le rouleau de parchemin la marque du geste de celui qui l’a conçue, et peut aisément être appréciée bien des années après par des connaisseurs de cette art ; le Kendo, non, une fois que le geste a été effectué, il n’en subsiste aucune trace, tout du moins, pas de manière inaltérée. Il reste dans la mémoire des hommes, mais celle-ci est sujette à une réinterprétation subjective lorsque les éléments qui se trouvent en elle sont remémorés. C’est pourquoi, les plus grands maîtres dans l’art du maniement du sabre, sont la plupart du temps également de grands maîtres calligraphes.
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MessageSujet: Re: Les chroniques de Kalidor   Les chroniques de Kalidor Icon_minitimeMer 20 Juil - 12:23


Parallèlement à ces enseignements, le grand maître lui enseigna également deux autres savoirs ; l’art de canaliser les forces de la nature pour prodiguer des soins, et celui de canaliser sa propre énergie, lors du maniement du sabre. La capacité de canaliser les énergies environnantes ou internes permet à celui qui a atteint un certain degré de maîtrise de dépasser ses propres capacités de manière impressionnante. Toutes chose environnante possède une énergie qui lui est propre ; les arbres, l’herbe, la roche, le sable, les animaux, l’eau, le vent…
Bien entendu, l’utilisation de ces énergies est quelque chose de très dangereux pour celui qui ne les maîtrise pas à la perfection. Les moines Shaolin, extrémistes humanistes et pacifistes, n’utilisent les énergies environnantes que dans le but de prodiguer des soins, ou d’apporter une quelconque forme d’aide à qui en a besoin.

L’utilisation des énergies internes de celui qui s’adonne à la maîtrise des gestes propres au maniement du sabre, et tout autant difficile à appréhender, et, paradoxe apparent, plus la maîtrise des énergies externes est importante, plus la maîtrise des énergies internes est tardive. Autrement dit, plus le degré de maîtrise de l’art de prodiguer des soins est avancé et plus la maîtrise du Khi sera tardive. Le Khi, consiste à vider totalement son esprit, de manière à parvenir à être en communion parfaite avec son propre corps, et à exécuter un geste parfait au sabre tout en plaçant dans ce mouvement une énergie considérable. Kali apprit donc, très lentement, à vider son esprit, à canaliser ses propres énergies, et à les libérer avec un cri de gorge caractéristique. Kali n’apprit pas la maîtrise du Khi au sein du monastère, mais il réussit avec succès à emprunter le chemin vers le Khi. Un jour il le maîtriserait, sans doute, mais il devait tout d’abord atteindre son propre degré de maîtrise ultime des énergies externes afin d’être capable de prodiguer de nombreux soins lorsqu’il reprendrait sa route sur les terres d’argent…

Car il allait reprendre sa route. Il était resté silencieux durant de très longs mois, mais le vieux maître savait y faire. Le travail du Khi avait obligé Kali à prononcer des sons avec sa gorge, et à libérer des cris qui lui permirent en parti de libérer une infime fraction de sa haine et de son désespoir. Les enseignements, voire même l’endoctrinement pacifiste, avaient fait le reste. Baigné dans un environnement où l’art du Zen était plus que valorisé, Kali avait apprit à vider son esprit et à se concentrer sur toute forme de vie environnante, jusqu’aux plus petits insectes.

En huit longues années, Kali avait relativement prit goût à la vie, mais régulièrement, des cauchemars revenaient hanter ses nuits. Il pouvait y revoir sans cesse Eodine, le visage lui souriant, et puis se décomposant l’instant suivant, rongée par les vers. Kali repensait sans cesse à ce bonheur qu’il avait eu au bout des doigts, à ses longues conversations avec Eodine, depuis le moment où ils avaient été enfants, jusqu’à l’une des dernières, où il lui avait dit qu’il souhaitait lui offrir un bijou. La réponse d’Eodine lui résonnait sans cesse dans la tête. Elle n’avait que faire de précieux présents, il était ce qui comptait le plus à ses yeux, c’était lui son bijou, il était son « Kali d’or ». Son « Kali d’or ».

Lorsque le vieux maître vint à mourir, Kali décida de reprendre sa route sur les terres argentées, et d’apporter son aide à quiconque en aurait besoin. Après tout, mis à part une nuit de tragédie qu’il ne pourrait jamais effacer de sa mémoire, la vie de Kali avait été douce, tout d’abord dans son paisible village, puis enfin dans ce monastère qu’il s’apprêtait à quitter. Afin de faire perdurer la mémoire d’Eodine, et sans que personne ne s’en doute, Kali décida de se présenter à présent en tant que Kalidor. Ainsi, chaque fois que quelqu’un prononcerait ce nouveau nom, c’est comme si Eodine était encore présente à ses côtés, car sans cette présence, Kali n’aurait peut être pas la force de résister longtemps maintenant qu’il n’était plus contenu par la présence du monastère.

Kali n’était plus. Kali était ce jeune paysan naïf et amoureux, que la vie avait écorché vif, et que des moines avaient rééduqués, en lui rendant un semblant de goût à la vie. Kalidor, lui, serait un nomade, désabusé, prodiguant des soins à la population, et, s’il le fallait, croisant le fer avec les assassins et les barbares. Cette seconde vie, devait être mise au service des nécessiteux, et permettre d’empêcher autant que ce peut les assassins, les fourbes et les barbares de commettre de nouveaux crimes. Mais Kalidor n’avait pas encore porté un seul coup sur un être fait de chaire et de sang. Comment allait-il réagir ?

Kalidor quitta le monastère. Il se rendit directement là où se trouvait jadis son village, mais n’y trouva que de vieilles ruines. A l’endroit où se trouvait la maison d’Eodine, il finit par retrouver l’endroit où se trouvait jadis la cuisine. Il y posa un genou à terre, en ramassa une poignée, et, s’adressant à Eodine, il dit :

« Ton Kali d’or te vengera, et jusqu’à ce que la mort décide de venir me chercher, je défendrai le bien et la justice, en souvenir de nos rêves brisés. La perte de ta douceur sera ma force.

Adieu sur cette terre Eodine.
A bientôt en un ailleurs meilleur… »
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